Patrick Renaud présente la CARPF

le 4 juin 2016

Président de Roissy Pays de France et Maire adjoint de Roissy-en-France

Vous avez été élu le 31 mars Président de la Communauté d'Agglomération Roissy Pays de France. Pouvez-vous nous rappeler le contexte de la constitution de cette nouvelle intercommunalité ?

L'idée d'un territoire unifié autour de Roissy date de plusieurs années et je l'ai toujours défendue. Il était en effet nécessaire de regrouper autour de l'aéroport dans un même cadre institutionnel l'ensemble des communes alentours qui pour certaines bénéficient des retombées économiques et pour d'autres n'en bénéficient pas ou très peu. Il était souhaitable que le périmètre d'une intercommunalité étendue soit dessiné sur la totalité des communes autour de l'aéroport et sur les trois départements de la Seine-et-Marne, Seine-Saint-Denis et Val d'Oise.

Cependant, la Loi MAPTAM* qui a défini la composition des grandes intercommunalités et la création de la Métropole du Grand Paris (MGP) a entériné un périmètre au 1er janvier 2016 autour de Roissy avec des communes du Val d'Oise issues de la fusion des Communautés d'Agglomération Roissy Porte de France et Val de France, étendue à 17 communes de Seine-et-Marne qui faisaient partie de la Communauté de Communes Plaines et Monts de France. Les communes de Seine-Saint-Denis, notamment Aulnay-sous-Bois, Tremblay-en-France et Villepinte ont quant à elles rejoint la MGP.

Quelques communes ont demandé aux tribunaux de trancher le fait que des élus communautaires avaient été élus par le suffrage universel et que par décision du Préfet de Région, le nombre de délégués élus avait été abaissé. Une Question Prioritaire de Constitutionnalité a donc été déposée auprès du Conseil d’État et du Conseil Constitutionnel.

Dans l'attente des jugements, une gouvernance transitoire de près de trois mois a été instaurée, période pendant laquelle seule la gestion des affaires courantes et la continuité des services étaient assurées. Les opérations ou investissements nouveaux n'ont pas pu être entrepris pendant cette période d'intérim. On peut regretter aujourd’hui, que l’Etat ne soit pas allés au bout de la démarche en étendant le périmètre à l’ensemble des communes composant le Grand Roissy et notamment les collectivités de Seine-Saint-Denis

Tous les recours ayant finalement été rejetés,  l'installation du nouvel organe délibérant et son exécutif, c'est-à-dire l'élection du Président, des Vice-présidents et des Conseillers communautaires délégués a eu lieu fin mars le 31 mars 2016.

 

Dans quelle ambiance les élus travaillent-ils désormais ?

Je me suis engagé auprès de mes collègues à être un Président ouvert au dialogue, à l'écoute de chacun d'entre eux et j'ai souhaité qu'ils cultivent à mes côtés cet esprit d'ouverture et de cohésion, en dépassant les clivages politiques et territoriaux et en faisant table rase des tensions passées. Aujourd'hui, je peux dire que le climat de travail est serein. Je souligne d'ailleurs que le premier budget de notre Communauté a été adopté à l'unanimité, instaurant dès cette année les principes de la solidarité communautaire au travers d'un pacte financier et fiscal. Nous avons devant nous un travail colossal et chacun, tout de suite après l’élection du bureau, s’est mis au travail afin de répondre aux attentes et aux besoins des habitants.

 

Comment s'organise le fonctionnement interne ?

Le Conseil Communautaire qui s'est déjà réuni à trois reprises regroupe 105 délégués désignés par les 42 communes membres. Je suis accompagné au sein du Bureau communautaire par 15 Vice-Présidents et 10 Conseillers Délégués. J'ai proposé l'organisation régulière d'une Conférence des Maires et la mise en place de 17 commissions thématiques ouvertes aux conseillers municipaux.

Roissy Pays de France, forte de la diversité de communes urbaines, périurbaines et rurales reste au service des communes, dans le respect de leurs identités.

 

Quel est l'impact de la fusion-extension sur les services et personnels communautaires ?

La nouvelle organisation des services se fera par étapes et dans la durée. Les élus se sont engagés à garantir le maintien des postes et l'examen des situations individuelles. La direction générale installée depuis mi-mai est en charge de l'organisation des services dans le respect de la consultation des instances paritaires. J'ai tenu à rassurer les agents : à moyen et long terme, la nouvelle intercommunalité est pour chacun d'entre eux une très belle opportunité professionnelle sur un territoire élargi de 350 000 habitants où les projets de développement sont très importants. Notre réussite est partagée et nous avons besoin de pouvoir compter sur une équipe professionnelle aux services du territoire.

 

Quels sont les grands enjeux de ce nouveau territoire ?

 Il y a pour moi deux objectifs prioritaires : la fusion des trois anciennes entités avec de nombreux défis et la conduite d’une démarche autour d’une nouvelle identité que chacun s’approprie afin de dépasser voire d’effacer les anciennes frontières. Cela doit se traduira à tous les niveaux : avec les élus, avec les personnels, dans les services publics intercommunaux, avec les habitants et les entreprises, dans les domaines de compétences de l'agglomération. Nous allons,  tous ensemble, construire une nouvelle page territoriale de ce territoire.

Les axes d'intervention de l'intercommunalité seront définis d'ici quelques mois avec en priorité : le développement économique et les grands projets structurants, l'emploi et la formation, la solidarité financière et fiscale, l'aménagement, l'habitat avec la construction de logements y compris sociaux, les transports, les services publics de proximité, la  sécurité, le développement durable, la culture, le sport, les relations institutionnelles. Bref, vous l’aurez compris, nous allons continuer et amplifier le travail déjà accompli pour améliorer le cadre de vie des habitants de cette nouvelle communauté d’agglomération.

 

Pouvez-vous nous donner des exemples…

Pour illustrer ces priorités, je citerai quelques dossiers emblématiques : faire bénéficier nos habitants des emplois générés par le développement économique avec des dispositifs de formations adaptés et une meilleure accessibilité en transports ; continuer la restructuration et la rénovation urbaine de nos grandes villes ; concrétiser le schéma agricole qui engage l'agglomération aux côtés du monde agricole pour le maintien de zones cultivées sur plusieurs décennies tout en se donnant les moyens de faire du développement économique ; engager la réhabilitation des zones d'activités économiques devenues obsolètes et le handicap.

 

Quel est le programme de travail des élus et services communautaires ces prochains mois ?

Dès 2015, en préfiguration de la future intercommunalité, les élus et services des anciennes communautés rejoints début 2016 par quelques 17  communes de Seine-et-Marne se sont réunis régulièrement au sein de groupes de travail pour faire un état des lieux et envisager les perspectives liées aux compétences qui pourraient être exercées. Un programme très dense se profile ces prochains mois car nous avons pris du retard : il faudra très rapidement rédiger et adopter les nouveaux statuts communautaires qui fixeront le choix des compétences et la définition de l’intérêt communautaire pour déterminer ce qui relève de l'intercommunalité et ce qui relève de ses communes membres. C'est en partie le rôle des commissions thématiques.

 

 En quoi Roissy Pays de France est-elle une agglomération "à part" ?

Je rappellerai que globalement, les enjeux de notre territoire sont multiples et à différentes échelles. Le territoire de Roissy est stratégique à l’échelle de la France, c’est un pôle majeur de la Région Ile de France : l’aéroport international de Roissy-CDG et ses activités connexes vont se développer avec beaucoup d’emplois. Une forte concurrence s'est instaurée avec les plateformes aéroportuaires européennes, des pays du Golfe et de l’Asie, le développement de Roissy et ses alentours permet le maintien d’une compétitivité internationale.

C’est aussi la prise en compte de notre diversité, ce territoire et multiple, on y trouve des communes rurales de moins de 100 habitants, des pôles urbains emblématiques du développement urbain de la Région capitale, de multiples artisans, PME et PMI et les plus grandes entreprises du CAC 40. Le nouveau périmètre offre un panel extraordinaire riche et dense,  qui concentre tous les enjeux et défis à relever dans les 10 prochaines années.

A l’échelle plus locale, le regroupement  de nos 42 communes dans un grand territoire cohérent et solidaire, nous donne la capacité de maîtriser et partager les retombées financières liées à l’activité économique, c’est une vision de solidarité et d’équité territoriale, c’est pour nous une grande fierté. Sur le plan institutionnel, nous continuerons donc le dialogue avec nos voisins, mais c’est également un moyen  pour "peser"  auprès de nos partenaires pour que Roissy Pays de France soit entendu par les pouvoirs publics, il reste tant à faire, avec 350 000 habitants nous représentons une part non négligeable de la population francilienne, il est impératif que l’on prenne enfin en compte les besoins de nos 42 communes voisines de l’aéroport, notamment en terme de transport et de formation, c’est un préalable pour que le Grand Roissy  conserve sa place de pôle majeur de développement.

 

 

*Loi MAPTAM : Loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles du 27 janvier 2014

Cette interview est à retrouver dans le Flash Info n°1 de Juin 2016